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Comprendre ma santé autrement : ce que les travaux d’Émilie Steinbach m’ont appris sur le cerveau, le corps et mes routines quotidiennes

Il y a un moment où j’ai arrêté de chercher la solution miracle. Vous savez, cette quête épuisante qui vous fait passer d’un régime à un protocole, d’un complément alimentaire à une méthode de sommeil, d’un podcast de bien-être à un autre, avec toujours le sentiment que la pièce manquante est juste là, à portée de clic. Je voulais comprendre mon énergie qui s’effondrait sans prévenir, mon sommeil que je ne maîtrisais pas, mon anxiété de fond, mon poids que je tentais de gérer, et surtout mon fonctionnement neuroatypique, ce TDAH et cet autisme diagnostiqués tardivement qui réorganisaient rétrospectivement toute une vie. Et j’avais souvent l’impression que chacun de ces sujets était un problème à part, à traiter séparément, avec des outils différents. Jusqu’au jour où j’ai découvert une autre façon de voir les choses.

C’est en tombant sur les travaux de la Dre Émilie Steinbach, médecin spécialisée en médecine du mode de vie et en neurosciences appliquées, et notamment à travers son livre Votre santé optimisée, que j’ai compris quelque chose d’apparemment simple mais profondément structurant : tout est lié. Le cerveau, le corps, le sommeil, l’alimentation, le mouvement, le stress, les émotions. Pas comme une liste de facteurs à cocher, mais comme un système vivant, interconnecté, qui fonctionne ou dysfonctionne en réseau.


Ce que la médecine du mode de vie change comme angle de vue

La médecine du mode de vie, c’est une discipline qui s’appuie sur les données probantes des neurosciences, de la chronobiologie, de la nutrition et de la psychologie pour démontrer que nos habitudes quotidiennes sont des leviers de santé au moins aussi puissants que la plupart des interventions médicales classiques, pour un grand nombre de pathologies chroniques. Ce n’est pas une médecine alternative, c’est au contraire une médecine profondément scientifique qui prend enfin au sérieux ce que des décennies de recherche nous disent : la façon dont nous vivons détermine en grande partie la façon dont nous nous portons.

Ce qui m’a frappée dans cette approche, c’est justement le refus du cloisonnement. Dans notre système de santé classique, on consulte un médecin pour la fatigue, un autre pour l’anxiété, un autre pour le poids, un autre pour les troubles du sommeil. Chaque spécialiste regarde sa fenêtre. Mais personne ne regarde la maison entière. Or les mécanismes biologiques qui régulent notre sommeil sont les mêmes qui régulent notre appétit, notre humeur et notre concentration. Quand l’un déraille, les autres suivent. Et quand on répare l’un, les autres s’améliorent souvent dans la foulée.


L’horloge biologique : le chef d’orchestre silencieux

L’une des notions qui a le plus changé ma façon de fonctionner au quotidien, c’est celle du rythme circadien. Notre corps n’est pas une machine uniforme qui tourne à vitesse constante. C’est un organisme profondément rythmique, gouverné par une horloge biologique centrale logée dans le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus, synchronisée principalement par la lumière et l’obscurité, et qui orchestre des centaines de processus physiologiques sur un cycle de 24 heures environ : la sécrétion de cortisol et de mélatonine, la régulation de la température corporelle, les cycles de faim et de satiété, la réparation cellulaire, la consolidation de la mémoire pendant le sommeil.

Quand on perturbe ce rythme, par des horaires irréguliers, des repas décalés, une exposition à la lumière artificielle en soirée, un sommeil insuffisant ou fragmenté, on ne perturbe pas seulement notre nuit. On envoie des signaux contradictoires à l’ensemble de l’organisme, qui perd ses repères temporels et peine à s’autoréguler. Les recherches en chronobiologie montrent que des perturbations répétées du rythme circadien sont associées à une augmentation du risque de diabète de type 2, de troubles métaboliques, de dépression, d’anxiété et de troubles cognitifs. Ce n’est pas anodin.

Concrètement, j’ai intégré des choses en apparence très banales mais qui ont un effet réel : me lever à heures régulières même le week-end, m’exposer à la lumière naturelle dans les premières minutes de la journée, éviter les écrans lumineux dans l’heure qui précède le coucher, dîner plus tôt quand c’est possible. Des ajustements simples, mais qui respectent la logique de mon horloge interne au lieu de la contrarier en permanence.


L’alimentation vue par la biologie, pas par la morale

C’est peut-être le changement de perspective le plus libérateur. Dans l’approche que défend Steinbach, l’alimentation n’est pas d’abord une question de discipline ou de restriction, c’est une question de biologie. Ce que nous mangeons, quand nous le mangeons et dans quel état nerveux nous le mangeons ont des effets directs sur la chimie de notre cerveau, la stabilité de notre énergie et la qualité de notre régulation émotionnelle.

La chrononutrition, qui consiste à adapter ses apports alimentaires aux rythmes biologiques de la journée, est un des leviers mis en avant dans cette approche. Notre sensibilité à l’insuline, la sécrétion des enzymes digestives, la mobilisation des graisses, tous ces processus varient selon l’heure. Manger un repas riche en protéines et en bons lipides le matin, quand le métabolisme est au plus actif, favorise la stabilité glycémique et donc la concentration et l’humeur dans les heures qui suivent. À l’inverse, un repas lourd tard le soir perturbe le sommeil et la récupération nocturne.

Les protéines jouent un rôle central dans la régulation de l’appétit via la satiation et la sécrétion du GLP-1 et du peptide YY, deux hormones intestinales qui signalent la satiété au cerveau. Les fibres alimentaires nourrissent le microbiote intestinal, dont les recherches récentes montrent qu’il joue un rôle majeur dans la régulation de l’humeur via l’axe intestin-cerveau. Et les aliments ultra-transformés, dont la formulation industrielle est précisément conçue pour contourner les signaux naturels de satiété, maintiennent un état d’inflammation chronique de bas grade et perturbent les neurotransmetteurs impliqués dans la motivation et le plaisir, notamment la dopamine, ce qui les rend particulièrement problématiques pour les cerveaux à fonctionnement atypique comme le mien.

Ce que j’en retiens n’est pas une liste d’aliments interdits. C’est une logique : nourrir mon cerveau pour stabiliser mon énergie, et stabiliser mon énergie pour stabiliser mon mental. Pour quelqu’un avec un TDAH, où les fluctuations glycémiques amplifient directement les difficultés d’attention et de régulation émotionnelle, ce principe change vraiment les choses au quotidien.


Le mouvement : un médicament que l’on sous-utilise massivement

J’ai longtemps pensé que faire du sport signifiait souffrir dans une salle de gym ou courir sous la pluie. Ce cadre mental m’a coûté des années d’inactivité coupable. Ce que la neurobiologie de l’exercice nous dit est pourtant clair : le mouvement est l’un des régulateurs les plus puissants dont dispose le cerveau humain, et ses effets dépassent très largement la seule sphère physique.

L’activité physique stimule la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine essentielle à la neuroplasticité et à la survie des neurones, que l’on surnomme parfois le « Miracle-Gro du cerveau ». Elle augmente la disponibilité de sérotonine, de dopamine et de noradrénaline, les trois neurotransmetteurs les plus impliqués dans la régulation de l’humeur, de l’attention et de la motivation. Elle réduit les marqueurs de l’inflammation systémique. Elle améliore la qualité du sommeil en approfondissant les phases de sommeil lent. Et elle régule l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, c’est-à-dire notre système de réponse au stress, en abaissant le niveau de base du cortisol.

Ce qui compte, et c’est la nuance essentielle que j’ai intégrée, c’est la régularité bien plus que l’intensité. Trente minutes de marche rapide quotidienne produisent des effets neurobiologiques mesurables. Le yoga, le tai-chi, les étirements actifs ont une action directe sur le système nerveux parasympathique, celui de la récupération et du calme. Ces pratiques douces ne sont pas de la gym au rabais pour les gens qui n’ont pas le courage de vraiment s’entraîner. Ce sont des outils de régulation nerveuse sérieux, particulièrement bénéfiques pour les personnes anxieuses ou hyper-réactives au stress, ce qui recoupe largement les profils neuroatypiques.


La gestion du stress et le système nerveux : comprendre avant d’agir

Le stress chronique est probablement le perturbateur de santé le plus sous-estimé de notre époque. Pas le stress aigu, qui est une réponse adaptative normale et nécessaire, mais cette activation prolongée, en arrière-plan, souvent invisible à la conscience, qui maintient le système nerveux en état d’alerte et épuise progressivement les ressources de l’organisme.

Ce qu’expliquent les neurosciences, c’est que le système nerveux autonome fonctionne selon un équilibre entre le système sympathique (l’accélérateur, la réponse « combattre ou fuir ») et le système parasympathique (le frein, la récupération, la digestion, la régulation émotionnelle). Dans un fonctionnement neuroatypique, cet équilibre est souvent plus difficile à maintenir : la sensibilité aux stimuli est plus forte, le seuil d’activation est plus bas, la récupération prend plus de temps. On passe plus facilement en état d’alerte, et on en sort moins facilement.

Les pratiques qui agissent directement sur ce système, comme la cohérence cardiaque, la respiration diaphragmatique, le yoga, la méditation ou simplement des moments de silence sans stimulation, ne sont pas des « petits trucs de bien-être ». Ce sont des interventions sur la physiologie du système nerveux, documentées par des études sérieuses montrant des effets mesurables sur la variabilité de la fréquence cardiaque, le cortisol salivaire et les marqueurs inflammatoires. Pour moi, comprendre le mécanisme a été essentiel pour accepter de pratiquer régulièrement : je ne fais pas de la cohérence cardiaque parce que c’est à la mode, je la fais parce que je comprends ce qu’elle fait à mon système nerveux.


Ce que ça change concrètement avec un fonctionnement neuroatypique

Le TDAH et l’autisme ne sont pas des maladies à guérir. Ce sont des fonctionnements neurologiques différents, avec leurs forces et leurs fragilités propres. Mais la plupart des personnes neuroatypiques partagent certaines vulnérabilités biologiques qui rendent la gestion du mode de vie à la fois plus difficile et plus déterminante : une dysrégulation émotionnelle plus marquée, une plus grande sensibilité aux perturbations du sommeil, une relation compliquée à l’alimentation souvent marquée par des hypersélectivités ou une alimentation émotionnelle, une fatigue cognitive et sensorielle importante, et une tendance au fonctionnement en mode crise plutôt qu’en mode prévention.

Ce que m’a apporté cette approche systémique, ce n’est pas une « normalisation » de mon fonctionnement. C’est une stabilité de base. Une sorte de plancher biologique au-dessous duquel je descends moins souvent depuis que j’ai intégré ces routines, même imparfaitement. Quand mon sommeil est suffisant et régulier, ma charge émotionnelle du lendemain est objectivement plus légère. Quand j’ai bougé dans la journée, mon cerveau est moins en surchauffe le soir. Quand mon alimentation est stable dans la journée, mes crises d’hyperfocalisation anxieuse sont moins fréquentes. Ce ne sont pas des impressions subjectives, ce sont des corrélations que j’observe depuis assez longtemps pour les considérer comme fiables.


Des routines imparfaites, mais vivables

Il faut être honnête, parce que l’honnêteté est la condition d’une écologie du quotidien qui tienne dans la durée. Je ne suis pas ces routines parfaitement. Il y a des semaines où le sommeil est chaotique parce que la vie l’est. Des périodes de fatigue intense où le mouvement disparaît complètement. Des phases de surcharge où l’alimentation déraille vers le facile et le réconfortant. La perfection n’est ni réaliste ni l’objectif.

Ce que j’ai appris, c’est que dans un fonctionnement neuroatypique, trop de complexité est l’ennemi direct de la régularité. Un protocole en quinze étapes quotidiennes obligatoires est condamné. Ce qui fonctionne, c’est un socle de deux ou trois habitudes non négociables, simples, adaptables aux mauvaises journées, et que l’on reprend sans culpabilité après les interruptions. La reprise sans drame fait partie du système. Elle n’est pas l’échec du système.


Ce que j’ai construit au final

Aujourd’hui, ma santé au quotidien repose sur quelque chose de beaucoup moins spectaculaire que ce que je cherchais au départ : une heure de lever régulière, même imparfaite, une lumière naturelle le matin devant mon café, un repas du matin riche en protéines qui stabilise mon énergie jusqu’en milieu de journée, une marche quotidienne même courte, une pratique de respiration le soir, un écran éteint avant minuit. Rien de révolutionnaire. Tout ce que la neurobiologie valide pourtant depuis des années comme fondations d’une santé cérébrale et physique durable.

Ce que les travaux d’Émilie Steinbach m’ont offert, c’est un cadre de compréhension. Un langage pour relier les pièces entre elles et cesser de me battre contre chaque symptôme isolément. Au lieu de corriger des dysfonctionnements un par un, j’essaie de maintenir un terrain biologique suffisamment stable pour que le reste soit moins difficile. Ce n’est pas une méthode. C’est une façon de vivre avec mon cerveau plutôt que contre lui.


Sources & références

Sur la médecine du mode de vie : Steinbach, É., Votre santé optimisée, Éditions Flammarion Santé, 2023. Lifestyle Medicine Institute, référentiel international sur les six piliers de la médecine du mode de vie : alimentation, activité physique, sommeil, gestion du stress, relations sociales, substances. lifestylemedicine.org

Sur la chronobiologie et les rythmes circadiens : Foster, R.G., Life Time: Your Body Clock and Its Essential Roles in Good Health and Sleep, Penguin Life, 2022. Schibler, U. & Sassone-Corsi, P., « A Web of Circadian Pacemakers », Cell, 111(7), 2002. Roenneberg, T. & Merrow, M., « The Circadian Clock and Human Health », Current Biology, 26(10), 2016.

Sur la neurobiologie de l’exercice et le BDNF : Ratey, J. & Hagerman, E., Spark: The Revolutionary New Science of Exercise and the Brain, Little, Brown and Company, 2008. Cotman, C.W. & Berchtold, N.C., « Exercise: a behavioral intervention to enhance brain health and plasticity », Trends in Neurosciences, 25(6), 2002.

Sur la chrononutrition et la régulation glycémique : Jakubowicz, D. et al., « High caloric intake at breakfast vs. dinner differentially influences weight loss of overweight and obese women », Obesity, 21(12), 2013. Sutton, E.F. et al., « Early Time-Restricted Feeding Improves Insulin Sensitivity, Blood Pressure, and Oxidative Stress Even without Weight Loss in Men with Prediabetes », Cell Metabolism, 27(6), 2018.

Sur l’axe intestin-cerveau et le microbiote : Cryan, J.F. et al., « The Microbiota-Gut-Brain Axis », Physiological Reviews, 99(4), 2019. Sonnenburg, J. & Sonnenburg, E., The Good Gut, Penguin Press, 2015.

Sur le stress, le système nerveux autonome et la cohérence cardiaque : McCraty, R. & Shaffer, F., « Heart Rate Variability: New Perspectives on Physiological Mechanisms, Assessment of Self-regulatory Capacity, and Health Risk », Global Advances in Health and Medicine, 4(1), 2015. Porges, S.W., The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation, W.W. Norton, 2011.

Sur le TDAH et les liens avec les rythmes biologiques : Coogan, A.N. & McGowan, N.M., « A systematic review of circadian function, chronotype and chronotherapy in attention deficit hyperactivity disorder », Attention Deficit and Hyperactivity Disorders, 9(3), 2017. Cortese, S. et al., « Sleep in children with attention-deficit/hyperactivity disorder: meta-analysis of subjective and objective studies », Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 45(8), 2006.

Claude est une IA et peut faire des erreurs

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