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Le thé vert : origines, composition, bienfaits et usages d’une plante millénaire aux multiples vertus

Le thé vert fait partie de ces boissons que j’ai longtemps consommées presque machinalement. Au départ, c’était surtout pour remplacer un peu le café, atténuer cette dépendance matinale à la caféine pure tout en gardant un rituel chaud et apaisant. Puis avec le temps, comme pour tout ce qui entre dans mon quotidien, j’ai commencé à creuser. À m’intéresser à l’histoire de cette plante, à sa composition biochimique réelle, à ce que la science dit vraiment de ses effets sur la santé, et à la distance parfois considérable qui sépare les propriétés documentées des promesses marketing. Et ce que j’ai découvert dépasse de loin la simple « boisson bien-être » à laquelle on le réduit souvent dans les rayons de supermarchés.

Le thé vert est à la fois une boisson ancestrale bimilliénaire, un pilier culturel de plusieurs grandes civilisations asiatiques, un sujet d’étude scientifique parmi les plus documentés au monde, et probablement la source végétale d’antioxydants la mieux caractérisée par la recherche contemporaine. Voici ce que j’en sais, avec l’honnêteté nécessaire sur ce qui est prouvé, ce qui est probable, et ce qui relève encore du marketing.


Origines : quatre mille ans d’histoire dans une tasse

Le thé naît de Camellia sinensis, un arbuste à feuilles persistantes originaire du triangle formé par le Yunnan chinois, le nord de la Birmanie et l’Assam indien, une région de forêts tropicales d’altitude où des théiers sauvages centenaires poussent encore aujourd’hui. La tradition chinoise attribue la découverte du thé à l’Empereur Shen Nong il y a plus de quatre mille ans, selon une légende selon laquelle des feuilles d’un théier auraient été portées par le vent dans un chaudron d’eau bouillante. Si cette histoire appartient à la mythologie fondatrice plutôt qu’à l’histoire vérifiable, les premières mentions écrites de consommation de thé en Chine remontent au IIIe siècle avant notre ère, et les premières cultures organisées de théiers à la période des Tang, entre le VIIe et le Xe siècle.

C’est dans ce contexte que le moine bouddhiste japonais Eisai rapporte le thé vert au Japon depuis la Chine au XIIe siècle, convaincu de ses vertus médicinales. Il l’introduit dans les monastères zen, où la consommation de thé devient une aide à la concentration pendant les longues sessions de méditation. C’est de cette rencontre entre le thé et la philosophie zen que naît progressivement ce qu’on appelle le chado, la voie du thé, codifiée au XVIe siècle par le maître de thé Sen no Rikyu en une cérémonie fondée sur quatre principes : l’harmonie (wa), le respect (kei), la pureté (sei) et la tranquillité (jaku). Ce que je trouve toujours frappant, c’est qu’une boisson puisse condenser en elle autant de philosophie, d’histoire et de sens.

La Route du thé, cet itinéraire commercial qui traversait l’Asie centrale depuis la Chine vers le Tibet, l’Inde, la Perse et au-delà, a permis la diffusion progressive du thé à travers le monde. C’est au XVIIe siècle que les Européens, via les Compagnies des Indes néerlandaises puis anglaises, découvrent et s’emparent de cette plante avec un enthousiasme qui transformera durablement les économies coloniales et les habitudes culturelles de continents entiers. Derrière une simple tasse se cache donc une histoire immense, mêlant agriculture, philosophie, médecine traditionnelle, commerce mondial et rituels sociaux.


Thé vert, thé noir, thé blanc : la même plante, des mondes différents

C’est une question que je me suis longtemps posée, et la réponse est à la fois simple et fascinante : le thé noir, le thé blanc, le thé oolong, le thé pu-erh et le thé vert proviennent tous exactement de la même plante, Camellia sinensis. Ce qui les différencie n’est pas leur origine botanique mais leur méthode de transformation après récolte, et plus précisément le niveau d’oxydation enzymatique auquel sont soumises les feuilles.

Pour le thé noir, les feuilles sont totalement oxydées : elles sont flétries, roulées, puis laissées à s’oxyder à l’air libre jusqu’à ce que leur couleur vire au brun-noir, avant d’être séchées. Cette oxydation complète développe les arômes robustes et tanniques du thé noir et transforme chimiquement la majorité des catéchines en théaflavines et théarubigines. Pour le thé oolong, l’oxydation est partielle, entre 15 et 85 % selon les styles. Pour le thé blanc, les bourgeons et jeunes feuilles sont simplement fanés et séchés, avec une oxydation minimale.

Le thé vert, lui, est soumis à un traitement thermique très rapide après récolte, par chauffage à la vapeur (mushi) dans la tradition japonaise, ou par torréfaction dans une wok brûlante (shaochao) dans la tradition chinoise, qui inactive immédiatement les enzymes responsables de l’oxydation. C’est cette étape fondamentale qui préserve la couleur verte des feuilles et surtout leur concentration exceptionnelle en catéchines, les polyphénols qui font du thé vert l’objet d’autant d’attention scientifique. La tradition japonaise vapeur donne des thés plus végétaux, umami et doux comme le gyokuro ou le sencha. La tradition chinoise torréfaction donne des thés plus ronds, fleuris ou légèrement grillés comme le Longjing ou le Bi Luo Chun.


Composition biochimique : ce qui rend le thé vert scientifiquement remarquable

C’est probablement la dimension la plus sous-estimée par les consommateurs ordinaires. Le thé vert est l’une des sources végétales les mieux caractérisées biochimiquement, avec plus de 700 composés identifiés à ce jour dans ses feuilles. Parmi eux, plusieurs catégories méritent une attention particulière.

Les catéchines constituent la famille de polyphénols la plus importante du thé vert, représentant 30 à 40 % du poids sec des feuilles non oxydées. On en dénombre principalement quatre dans le thé vert : l’épicatéchine (EC), l’épicatéchine-3-gallate (ECG), l’épigallocatéchine (EGC) et l’épigallocatéchine-3-gallate (EGCG). Cette dernière, l’EGCG, est de loin la plus abondante et la plus étudiée : elle représente à elle seule 50 à 80 % des catéchines totales d’une infusion de thé vert de qualité, et concentre la majorité de l’activité antioxydante documentée. Sa structure moléculaire, avec ses nombreux groupements hydroxyle, lui confère une capacité à neutraliser les radicaux libres supérieure à celle de la vitamine C et de la vitamine E dans certains modèles expérimentaux.

La L-théanine est un acide aminé quasi exclusif au genre Camellia, pratiquement absent dans les autres végétaux comestibles. Elle représente 1 à 2 % du poids sec des feuilles de thé vert. Sa particularité neurochimique est remarquable : la L-théanine traverse la barrière hémato-encéphalique et agit directement sur le cerveau en augmentant les ondes alpha, ces ondes cérébrales associées à un état d’éveil détendu et de concentration calme, sans sédation ni somnolence. Sa combinaison avec la caféine naturellement présente dans le thé produit un effet synergique très étudié, dont il sera question plus loin.

La caféine est présente dans le thé vert à des concentrations variables selon la variété, le terroir, la position des feuilles sur le rameau et la méthode d’infusion, généralement entre 20 et 50 mg par tasse de 200 ml, soit environ deux à trois fois moins que pour un expresso mais comparable à un café filtré léger. La chlorophylle et les caroténoïdes donnent au thé vert sa couleur caractéristique et contribuent modestement à son profil antioxydant. Enfin, diverses vitamines (C, B2, B9) et minéraux (fluor, manganèse, potassium, zinc) complètent un profil nutritionnel globalement remarquable pour une infusion.


Pourquoi le thé vert bio est devenu non négociable pour moi

Avec le temps et les connaissances accumulées sur les pesticides et leur présence dans les chaînes alimentaires, ce point est devenu fondamental dans ma façon de choisir mon thé. Le théier est une plante particulièrement sensible aux maladies fongiques et aux insectes ravageurs, ce qui en fait l’une des cultures les plus traitées au monde dans l’agriculture conventionnelle. Des analyses régulièrement publiées par des associations de consommateurs européennes, notamment Foodwatch et l’UFC-Que Choisir, ont mis en évidence la présence de résidus de pesticides dans une proportion significative des thés conventionnels vendus en France, y compris dans des marques distribuées en grandes surfaces.

Ce qui rend le sujet particulièrement préoccupant avec le thé, c’est la nature même de sa consommation. Contrairement à un légume que l’on épluche ou rince abondamment, les feuilles de thé restent en contact direct et prolongé avec l’eau chaude de l’infusion. Certains composés hydrosolubles présents sur les feuilles, notamment certains pesticides systémiques, peuvent ainsi passer dans l’infusion bue directement. La situation est aggravée par le fait qu’une grande partie du thé commercialisé en Europe provient d’Asie du Sud et du Sud-Est, de régions où les contrôles pesticides sont parfois moins stricts qu’en Europe et où les cahiers des charges peuvent varier considérablement selon les exploitations.

Choisir un thé vert bio certifié, de préférence avec une traçabilité transparente sur l’origine géographique précise et le producteur, est aujourd’hui pour moi une priorité non négociable. Je préfère dépenser un peu plus pour un thé vert d’origine garantie, japonais ou chinois bio avec certification européenne, plutôt qu’acheter en grande quantité un produit dont la qualité et la sécurité restent floues. Quelques fournisseurs spécialisés permettent aujourd’hui d’accéder à des thés de terroir remarquables à des prix raisonnables : c’est un investissement qui vaut la peine.


L-théanine et caféine : le duo qui explique l’effet unique du thé vert sur le cerveau

C’est probablement le point le plus intéressant pour comprendre pourquoi le thé vert produit un état mental différent du café, et pourquoi cet effet est particulièrement noté par les personnes anxieuses, hypersensibles ou à fonctionnement neuroatypique. La combinaison L-théanine et caféine est l’une des associations les mieux documentées en neuropharmacologie des composés naturels.

Seule, la caféine stimule l’éveil en bloquant les récepteurs à l’adénosine, le neurotransmetteur de la somnolence, et en augmentant indirectement la disponibilité de dopamine et de noradrénaline. Cet effet est puissant mais peut s’accompagner chez certaines personnes d’une activation excessive du système sympathique : palpitations, nervosité, anxiété augmentée, crash d’énergie en fin d’effet. Seule, la L-théanine favorise un état de relaxation calme sans sédation, probablement via son action sur les récepteurs GABA et sa modulation des ondes alpha cérébrales.

Ensemble, ces deux molécules produisent quelque chose que les études cliniques de petite taille décrivent comme un éveil détendu, une concentration soutenue sans agitation, et une vigilance accrue sans l’anxiété associée à la caféine pure. Des études publiées dans Nutritional Neuroscience et Biological Psychology ont montré que la combinaison améliore les performances sur des tâches d’attention soutenue et réduit la susceptibilité aux distractions, comparativement à la caféine seule ou au placebo. Pour des cerveaux TDAH ou anxieux, cet effet est particulièrement pertinent : l’éveil cognitif sans surtension nerveuse est exactement ce qui peut faire la différence entre une substance aidante et une substance aggravante.

Personnellement, la différence est très nette. Là où le café peut me laisser dans un état de vigilance tendue et parfois d’anxiété amplifiée, une bonne tasse de thé vert de qualité produit quelque chose de plus centré, plus doux, plus durable. Ce n’est pas anecdotique : c’est de la biochimie.


Les bienfaits documentés par la recherche : ce qui est solide, ce qui est probable, ce qui est exagéré

La littérature scientifique sur le thé vert est immense. On dénombre plusieurs milliers d’études publiées sur ses composés et leurs effets biologiques, ce qui en fait l’une des plantes les plus étudiées au monde. Cette abondance est à double tranchant : elle produit des données solides sur certains effets, mais elle génère aussi une masse de résultats préliminaires que le marketing grossit volontiers jusqu’à la déformation. Voici ce que je retiens honnêtement.

Solidement documenté : l’activité antioxydante. Les catéchines du thé vert, et l’EGCG en particulier, sont parmi les antioxydants végétaux les mieux caractérisés. Leur capacité à neutraliser les radicaux libres, à chélater certains métaux pro-oxydants et à moduler des voies de signalisation cellulaire impliquées dans le stress oxydatif est établie dans de très nombreux modèles in vitro et in vivo. Ce stress oxydatif est impliqué dans le vieillissement cellulaire et dans des processus pathologiques allant de l’inflammation chronique aux maladies cardiovasculaires et neurodégénératives. Boire régulièrement du thé vert de qualité contribue à réduire la charge oxydative globale de l’organisme, c’est raisonnablement bien établi.

Solidement documenté : les effets cardiovasculaires. Les grandes études épidémiologiques réalisées au Japon, où la consommation de thé vert est élevée et culturellement ancrée, montrent des associations significatives entre consommation régulière de thé vert et réduction du risque de maladies cardiovasculaires. Des méta-analyses portant sur plusieurs centaines de milliers de sujets suggèrent une réduction du risque d’événements cardiovasculaires majeurs chez les consommateurs de 3 à 5 tasses par jour. Les mécanismes proposés incluent l’amélioration du profil lipidique (réduction du LDL oxydé), l’effet anti-agrégant plaquettaire, l’amélioration de la fonction endothéliale et la réduction de l’inflammation vasculaire.

Probable mais encore exploratoire : les effets neuroprotecteurs. Des études épidémiologiques japonaises ont mis en évidence des associations entre consommation régulière de thé vert et risque réduit de déclin cognitif et de maladie d’Alzheimer. Des modèles animaux montrent des effets de l’EGCG sur la production de plaques amyloïdes et de protéines tau, caractéristiques de la pathologie alzheimérienne. Les essais cliniques chez l’humain restent insuffisants pour conclure à une causalité, mais la piste est sérieuse et active.

Exagéré : le thé vert « brûle-graisse ». C’est probablement la promesse la plus répandue et la plus déformée. Oui, des études ont montré que la combinaison catéchines et caféine peut augmenter légèrement la thermogenèse et l’oxydation des lipides à court terme. Mais les effets mesurés sont modestes, les différences inter-individuelles sont importantes, et aucune étude clinique n’a démontré de perte de poids cliniquement significative attribuable à la seule consommation de thé vert dans une alimentation ordinaire. Les extraits concentrés de thé vert commercialisés comme brûleurs de graisses sont, au-delà de leur efficacité douteuse, potentiellement problématiques à doses élevées, comme nous le verrons.


Les différentes formes de thé vert : sencha, gyokuro, matcha et les autres

Le monde du thé vert est d’une richesse et d’une diversité que la plupart des Occidentaux n’imaginent pas. Derrière cette appellation générique se cachent des dizaines de styles aux profils gustatifs, aux compositions et aux méthodes de préparation radicalement différents.

Le sencha est le thé vert le plus consommé au Japon, représentant environ 60 % de la production nationale. Il est produit à partir de feuilles standard récoltées en plein soleil, traitées à la vapeur et roulées en aiguilles. Son goût équilibre végétal, umami et légère astringence en fait un thé de tous les jours, accessible et polyvalent. Le gyokuro, considéré comme le thé vert le plus précieux du Japon, est produit à partir de théiers ombragés 20 à 30 jours avant la récolte. Cette privation de lumière stimule la production de chlorophylle et de L-théanine au détriment des catéchines, donnant un thé exceptionnellement doux, umami et peu astringent, avec une concentration en L-théanine parmi les plus élevées de tous les thés verts.

Le matcha est un cas à part dans la famille des thés verts. Produit lui aussi à partir de théiers ombragés, mais broyé après séchage en une poudre extrêmement fine, il se consomme en suspension dans l’eau plutôt qu’en infusion, ce qui signifie que l’on ingère la totalité de la feuille et non seulement ses composés solubles. La concentration en catéchines, en L-théanine, en chlorophylle et en caféine est donc bien plus élevée dans le matcha que dans une infusion de sencha ou de gyokuro. Un gramme de matcha de qualité cérémonie contient environ 3 à 4 fois plus d’EGCG qu’une tasse de thé vert standard. Cette concentration plus élevée explique à la fois ses effets potentiellement plus marqués et la vigilance accrue nécessaire chez les personnes sensibles à la caféine.

Du côté chinois, le Longjing (Dragon Well) du Zhejiang, le Bi Luo Chun du Jiangsu, le Mao Feng du Huangshan et le Liu An Gua Pian sont parmi les plus réputés des thés verts de terroir, chacun avec un profil aromatique unique façonné par l’altitude, le sol, le microclimat et les méthodes artisanales de transformation.


Préparer son thé vert correctement : la technique qui change tout

C’est probablement le point sur lequel la majorité des consommateurs occidentaux passent à côté de l’essentiel. Une eau trop chaude est l’ennemi numéro un du thé vert : au-dessus de 80°C, l’eau commence à dégrader les catéchines les plus fragiles, à détruire une partie des arômes délicats et surtout à extraire rapidement une grande quantité de tanins responsables de l’amertume prononcée que beaucoup associent malheureusement au thé vert en général.

La règle fondamentale est simple : la température d’infusion doit être adaptée à la qualité du thé. Pour un sencha japonais ordinaire, une eau à 70-75°C pendant 1 à 2 minutes est idéale. Pour un gyokuro, on descend à 50-60°C pour une infusion de 2 minutes, qui révèle alors une douceur umami extraordinaire. Pour un thé vert chinois torréfié comme le Longjing, on peut monter jusqu’à 75-80°C. Pour le matcha, l’eau entre 70 et 75°C est recommandée, fouettée avec un chasen en bambou jusqu’à l’obtention d’une mousse légère et homogène. En pratique, on laisse simplement l’eau bouillante reposer 3 à 5 minutes selon la température visée, ou on utilise une bouilloire avec réglage de température, un investissement modeste qui transforme radicalement l’expérience.

La qualité de l’eau est également importante : une eau trop calcaire ou trop chlorée interférera avec les arômes du thé. Une eau filtrée ou une eau de source légère donne des résultats nettement meilleurs.


Le thé vert en cuisine : des usages qui dépassent la tasse

C’est un terrain que j’explore avec de plus en plus de plaisir. Le thé vert, et le matcha en particulier, s’intègrent dans une palette de préparations culinaires bien plus large que les gâteaux au matcha popularisés par la vague des cafés japonais parisiens. La poudre de matcha se marie remarquablement avec les laits végétaux pour un matcha latte chaud ou glacé, avec les smoothies auxquels il apporte une couleur vert vif et une note végétale umami, avec les pâtes à crêpes, à cake ou à madeleine pour des pâtisseries au goût subtil et à la couleur naturelle magnifique.

Les infusions de thé vert sencha ou Longjing peuvent remplacer l’eau dans la cuisson de céréales comme le riz ou le quinoa, apportant une légère note végétale et une dose d’antioxydants. En cuisine japonaise traditionnelle, le chazuke est un riz chaud sur lequel on verse une infusion de thé vert, garni de nori, de saumon ou d’umeboshi : un plat réconfortant d’une simplicité absolue. Le thé vert peut également servir de base à des marinades ou à des sauces légères pour les poissons.


Les précautions réelles : ce qu’il faut savoir avant de consommer

Le thé vert est une plante, pas un médicament et pas un aliment anodin à doses illimitées. Quelques précautions concrètes méritent d’être mentionnées sans les dramatiser.

Sa teneur en caféine peut perturber le sommeil consommé en fin de journée et provoquer de la nervosité ou des palpitations chez les personnes sensibles ou à doses élevées. Les femmes enceintes doivent limiter leur consommation totale de caféine à 200 mg par jour selon les recommandations de l’ANSES, toutes sources confondues. Les personnes prenant des anticoagulants comme la warfarine doivent être attentives : les catéchines du thé vert peuvent interférer avec le métabolisme de ces médicaments via les enzymes hépatiques CYP450.

Le point de vigilance le plus sérieux concerne les extraits concentrés de thé vert commercialisés sous forme de compléments alimentaires. L’ANSES et l’EFSA ont tous deux émis des mises en garde sur le risque d’hépatotoxicité, c’est-à-dire de toxicité hépatique, associé à des doses élevées d’EGCG issues de ces extraits, avec des cas documentés d’hépatites aiguës et dans de rares cas de défaillances hépatiques graves. Ce risque concerne exclusivement les extraits à très haute dose, pas la consommation de thé vert en infusion ou en matcha à des quantités raisonnables. Mais il illustre un principe général : la concentration artificielle d’un composé naturel peut produire des effets très différents de la consommation de l’aliment entier.

Enfin, le thé vert contient de l’acide oxalique en quantité modérée, ce qui peut être une considération pour les personnes ayant des antécédents de calculs rénaux oxaliques : une hydratation suffisante et une consommation raisonnée restent la règle.


Le rituel du thé : ce que ralentir change vraiment

Il y a quelque chose que je n’avais pas anticipé en commençant à m’intéresser sérieusement au thé vert : l’effet du rituel lui-même, indépendamment de la biochimie. Préparer un bon thé vert demande de l’attention. Il faut surveiller la température, doser les feuilles, respecter le temps d’infusion, être présent. Ce n’est pas compatible avec le remplissage distrait d’une tasse tout en scrollant son téléphone. Et c’est précisément pour cela que ce rituel matinal ou d’après-midi est devenu l’un de mes petits moments de déconnexion intentionnelle.

Cette dimension n’est pas que sentimentale. Des études sur la réduction du stress montrent que les rituels préparatoires à faible complexité, qui impliquent une attention focalisée sur un geste précis, activent le système parasympathique et réduisent les marqueurs de stress. Ce n’est pas pour rien que la cérémonie du thé japonaise a été depuis des siècles une pratique de pleine conscience avant que le terme existe. Ralentir le geste, porter attention à l’eau qui change de couleur, sentir la vapeur parfumée qui monte, c’est une forme d’ancrage dans le présent que notre époque de sur-stimulation rend rare et précieux.


Sources & références

Sur la botanique et l’histoire du thé :
Moxham, R., Tea: Addiction, Exploitation and Empire, Constable, 2003.
Sen, S., The Book of Tea, Dover Publications, 2005 (réédition de l’édition originale de Kakuzo Okakura, 1906). Texte fondateur sur la philosophie et la culture du thé japonais.
Hattori, M. et al., « History of Tea: A Botanical, Anthropological and Cultural Perspective », Journal of Ethnopharmacology, 2018.

Sur la composition biochimique du thé vert :
Graham, H.N., « Green tea composition, consumption, and polyphenol chemistry », Preventive Medicine, 21(3), 1992. Article de référence sur la composition polyphénolique du thé vert.
Higdon, J.V. & Frei, B., « Tea Catechins and Polyphenols: Health Effects, Metabolism, and Antioxidant Functions », Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 43(1), 2003.
Cabrera, C. et al., « Beneficial Effects of Green Tea — A Review », Journal of the American College of Nutrition, 25(2), 2006.

Sur la L-théanine et son effet cérébral :
Nobre, A.C. et al., « L-theanine, a natural constituent in tea, and its effect on mental state », Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition, 17(S1), 2008.
Ritsner, M.S. et al., « L-theanine relieves positive, activation, and anxiety symptoms in patients with schizophrenia and schizoaffective disorder », Journal of Clinical Psychiatry, 72(1), 2011.

Sur la combinaison L-théanine et caféine :
Owen, G.N. et al., « The combined effects of L-theanine and caffeine on cognitive performance and mood », Nutritional Neuroscience, 11(4), 2008.
Haskell, C.F. et al., « The effects of L-theanine, caffeine and their combination on cognition and mood », Biological Psychology, 77(2), 2008.

Sur les effets cardiovasculaires :
Kuriyama, S. et al., « Green tea consumption and mortality due to cardiovascular disease, cancer, and all causes in Japan », JAMA, 296(10), 2006. Grande étude épidémiologique japonaise portant sur 40 000 adultes.
Zheng, X.X. et al., « Green tea intake lowers fasting serum total and LDL cholesterol in adults: a meta-analysis of 14 randomized controlled trials », American Journal of Clinical Nutrition, 94(2), 2011.

Sur les effets neuroprotecteurs :
Kuriyama, S. et al., « Green tea consumption and cognitive function: a cross-sectional study from the Tsurugaya Project », American Journal of Clinical Nutrition, 83(2), 2006.
Mandel, S.A. et al., « Multifunctional activities of green tea catechins in neuroprotection », Neurosignals, 14(1-2), 2005.

Sur les pesticides dans le thé :
UFC-Que Choisir, analyses des résidus de pesticides dans les thés et tisanes commercialisés en France, rapports 2019 et 2021. quechoisir.org
Foodwatch France, rapports sur la contamination des produits alimentaires. foodwatch.org

Sur la sécurité des extraits concentrés de thé vert :
ANSES, Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant des extraits de thé vert, 2019. anses.fr
EFSA, Safety of green tea catechins, EFSA Journal, 2018. efsa.europa.eu

Sur les effets du rituel de préparation et la pleine conscience :
Langer, E.J., Mindfulness, Da Capo Press, 1989.
Brefczynski-Lewis, J.A. et al., « Neural correlates of attentional expertise in long-term meditation practitioners », PNAS, 104(27), 2007.

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