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Macérât huileux de pâquerettes : la petite fleur des prés qui raffermit la peau

Elle pousse partout, au bord des chemins, dans les pelouses, entre les pavés des jardins mal entretenus. On la piétine sans y penser, on la cueille distraitement en faisant des colliers avec les enfants. Et pourtant, la pâquerette est l’une des plantes médicinales les plus polyvalentes et les plus sous-estimées de notre flore européenne. Depuis que j’ai découvert ses propriétés lors de ma formation en phytothérapie, j’en fabrique un macérât huileux chaque printemps, que j’utilise ensuite toute l’année comme soin raffermissant et tonifiant. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette plante extraordinaire, et comment réaliser chez soi un macérât de qualité professionnelle.


La pâquerette : botanique d’une plante familière et méconnue

Bellis perennis — son nom latin signifie littéralement « belle et vivace » — appartient à la famille des Astéracées, la même grande famille que la camomille, l’arnica, le souci ou l’échinacée. C’est une plante herbacée vivace, ce qui signifie qu’elle repousse chaque année depuis sa racine sans qu’on ait besoin de la ressemer. Sa tige florale est simple, dressée, sans feuilles, et peut atteindre 5 à 15 cm de hauteur. Les feuilles, elles, forment une rosette basale aplatie contre le sol : elles sont en forme de spatule, légèrement dentées, douces au toucher, d’un vert franc.

Le capitule floral, que nous appelons communément « la fleur », est en réalité une inflorescence composite typique des Astéracées : ce que nous prenons pour des pétales blancs (parfois teintés de rose ou de rouge sur la face inférieure) sont des fleurs ligulées stériles, disposées en couronne autour d’un bouton central jaune constitué lui-même de centaines de minuscules fleurs tubulées fertiles. C’est cette architecture complexe qui lui permet une pollinisation très efficace par les insectes, notamment les abeilles et les syrphes.

Bellis perennis est originaire d’Europe et d’Asie occidentale, mais elle s’est naturalisée sur tous les continents tempérés. Elle fleurit de février à novembre dans les zones douces, et pratiquement toute l’année dans les régions à hivers cléments comme le Sud-Ouest de la France. Elle apprécie les sols frais, bien drainés, et les expositions ensoleillées à mi-ombragées. Sa résistance au piétinement et à la tonte lui permet de coloniser les pelouses même les plus entretenues.

En France, on la confond parfois avec la marguerite commune (Leucanthemum vulgare), qui lui ressemble mais est beaucoup plus grande. La pâquerette, elle, reste petite, discrète, et rase le sol — ce qui lui vaut aussi son nom populaire d' »herbe de la Saint-Jean » dans certaines régions.


Histoire et usages traditionnels

La pâquerette est utilisée en médecine traditionnelle depuis l’Antiquité. Les médecins grecs et romains la connaissaient sous le nom de bellis et l’utilisaient notamment pour soigner les plaies, les contusions et les œdèmes. Au Moyen Âge, elle figurait dans les herboristes médiévaux sous le nom de « consolida minor » (la petite consolidante), en référence à ses propriétés cicatrisantes et résolutives. Les chirurgiens de l’époque l’utilisaient en décoction pour laver les blessures de guerre et réduire les gonflements traumatiques.

En phytothérapie populaire, elle était traditionnellement utilisée sous forme d’infusion ou de cataplasme pour traiter les contusions, les entorses et les petits œdèmes, les affections respiratoires légères comme la toux et le rhume, les troubles digestifs, et en usage externe pour les soins de la peau. La médecine homéopathique l’a intégrée très tôt dans sa pharmacopée, notamment sous la forme Bellis perennis en granules, prescrite pour les traumatismes profonds des tissus mous, les douleurs musculaires et les suites d’opérations chirurgicales abdominales.


Composition biochimique et principes actifs

Ce qui rend la pâquerette si intéressante sur le plan cosmétique et thérapeutique, c’est la richesse et la diversité de sa composition chimique. Les parties aériennes de la plante — fleurs et feuilles — contiennent plusieurs familles de molécules actives aux propriétés complémentaires.

Les saponines triterpéniques constituent le groupe d’actifs le plus important du point de vue cosmétique. Ces molécules tensioactives naturelles ont la propriété remarquable de stimuler la synthèse des fibres de collagène et d’élastine dans le derme, ce qui explique les effets raffermissants et tenseurs bien documentés du macérât de pâquerettes. Elles agissent également sur la microcirculation cutanée, améliorant l’oxygénation et la nutrition des tissus.

Les flavonoïdes (dont l’apigénine et la lutéoline) sont de puissants antioxydants qui protègent la peau du stress oxydatif causé par les rayons UV, la pollution et le vieillissement cellulaire. Ils ont également des propriétés anti-inflammatoires et contribuent à calmer les peaux réactives et irritées.

Les acides phénoliques, dont l’acide chlorogénique, renforcent l’action antioxydante et participent à l’éclat du teint en inhibant la tyrosinase, l’enzyme responsable de la production de mélanine. Le macérât de pâquerettes a ainsi une action légèrement éclaircissante sur les taches brunes et les irrégularités du teint, sans pour autant dépigmenter.

Les mucilages présents dans la plante lui confèrent des propriétés adoucissantes et émollientes, qui apaisent les peaux sèches et sensibles et renforcent le film hydrolipidique cutané. Enfin, les tanins ont une action astringente légère qui resserre les pores et tonifie les tissus relâchés.


Les vertus cosmétiques du macérât huileux de pâquerettes

Toutes ces molécules actives, une fois extraites dans l’huile végétale par macération, confèrent au macérât des propriétés cosmétiques particulièrement riches et polyvalentes.

Sa première vertu, et la plus connue, est son action raffermissante et tenseur. Grâce aux saponines triterpéniques, il stimule la production de collagène et améliore l’élasticité cutanée. Utilisé régulièrement en massage, il redonne de la tonicité aux zones relâchées : ventre, bras, cuisses internes, fesses, décolleté et cou. C’est un allié précieux après une perte de poids, une grossesse ou simplement avec le temps qui passe.

Il a également une action décongestionnante et drainante sur les tissus. Il améliore le retour veineux et lymphatique, ce qui le rend particulièrement intéressant pour les jambes lourdes, les zones d’œdème léger et la cellulite d’aspect mou. Associé à un massage circulaire énergique, ses effets sont rapidement perceptibles.

Son action cicatrisante et réparatrice en fait aussi un excellent soin pour les peaux abîmées, les petites coupures superficielles, les vergetures récentes (roses ou rouges) et les irritations cutanées légères. Les flavonoïdes et les mucilages travaillent en synergie pour calmer l’inflammation et soutenir la régénération cellulaire.

Enfin, son action antioxydante en fait un soin anti-âge à part entière, protégeant les membranes cellulaires du vieillissement prématuré et contribuant à la luminosité du teint.


Récolte et préparation des fleurs : ce qui change tout

La qualité d’un macérât huileux dépend en grande partie de la qualité des fleurs utilisées. Quelques règles simples permettent d’optimiser la teneur en principes actifs et d’éviter les problèmes de moisissures, qui sont le risque principal de cette préparation.

On cueille les fleurs de pâquerette de préférence en fin de matinée, par une belle journée ensoleillée, lorsque la rosée du matin est entièrement évaporée. C’est à ce moment que la concentration en principes actifs est la plus élevée dans les fleurs. On choisit des capitules bien épanouis, sans taches ni meurtrissures, et on évite absolument les zones traitées avec des pesticides ou situées en bord de route très passante. Les prairies naturelles, les jardins bio et les talus ensoleillés éloignés de toute pollution sont les meilleurs endroits de récolte.

L’étape du séchage préalable est absolument indispensable et ne doit pas être négligée. Les fleurs fraîches contiennent une importante proportion d’eau, qui, une fois immergée dans l’huile, favorise le développement de moisissures et peut compromettre l’ensemble de la préparation. Il faut donc étaler les fleurs en couche fine sur un linge propre ou une grille, à l’ombre et dans un endroit bien ventilé, pendant 24 à 48 heures minimum. Les fleurs doivent être légèrement flétries et avoir perdu leur humidité de surface avant d’être plongées dans l’huile. En cas de doute, un séchage plus long ne nuit pas.


La recette du macérât huileux de pâquerettes

Ingrédients

Pour environ 120 ml de macérât fini, il faut 2 bonnes poignées de fleurs de pâquerettes fraîchement cueillies (soit environ 30 à 40 g), et 150 ml d’huile végétale biologique de qualité. L’huile d’olive vierge extra bio reste un choix classique et solide pour les macérats : elle est stable, peu sujette à l’oxydation et pénètre bien les tissus. On peut également utiliser de l’huile de tournesol bio (plus légère, idéale pour les peaux grasses ou les préparations pour le visage), de l’huile de sésame bio (naturellement antioxydante grâce à sa teneur en sésamine, ce qui allonge la durée de conservation du macérât) ou encore de l’huile de noyau d’abricot bio (très douce, idéale pour les peaux sensibles et le visage).

Matériel

Il faut un bocal en verre à large ouverture avec couvercle pour la macération (type bocal à confiture de 200 ml), un carré de gaze ou de tissu propre à maille fine avec un élastique ou une ficelle pour fermer le bocal tout en permettant à l’humidité résiduelle de s’évaporer, un bol en verre ou en inox pour le filtrage, un entonnoir et un flacon en verre teinté (ambré ou violet) de 120 ml environ pour la conservation finale.

Préparation étape par étape

Étape 1 : le séchage des fleurs. Après la cueillette, étalez les fleurs sur un linge propre à l’ombre dans une pièce aérée, ou dans un déshydrateur alimentaire réglé à 35°C maximum. Laissez sécher 24 à 48 heures, jusqu’à ce que les fleurs soient légèrement flétries et ne collent plus au toucher. Cette étape est non négociable pour éviter les moisissures.

Étape 2 : le remplissage du bocal. Placez les fleurs séchées dans le bocal propre et bien sec (stérilisé de préférence, passé au four à 100°C pendant 10 minutes). Remplissez le bocal aux deux tiers en tassant légèrement les fleurs, puis recouvrez-les entièrement d’huile végétale en veillant à ce qu’aucune fleur ne dépasse à la surface. Un centimètre d’huile au-dessus des fleurs est le minimum. Fermez et secouez doucement pour chasser les bulles d’air.

Étape 3 : la macération à froid au soleil. Retirez le couvercle et remplacez-le par le carré de gaze maintenu par un élastique. Ce système permet à l’éventuelle humidité résiduelle de continuer à s’évaporer tout en protégeant le mélange des poussières et des insectes. Placez le bocal en plein soleil, de préférence sur un rebord de fenêtre orienté au sud ou dehors pendant les heures les plus chaudes. Laissez macérer 4 à 6 semaines en remuant le bocal délicatement chaque jour ou tous les deux jours. La durée de 30 jours mentionnée classiquement est un minimum, 6 semaines donnent un macérât plus concentré en actifs.

Étape 3 bis : la méthode accélérée au bain-marie. Si vous souhaitez un macérât rapide (en hiver ou par manque de temps), vous pouvez réaliser une macération à chaud au bain-marie. Placez le bocal fermé avec son couvercle dans une casserole d’eau, et chauffez à feu très doux, entre 40 et 50°C maximum, pendant 2 à 3 heures. Il est impératif de ne jamais dépasser 60°C, sous peine de dénaturer les principes actifs thermosensibles, notamment les flavonoïdes. Un thermomètre de cuisine est fortement recommandé. Remuez régulièrement et veillez à maintenir le niveau d’eau dans la casserole. Cette méthode donne un macérât de bonne qualité mais légèrement moins riche en actifs que la macération solaire longue.

Étape 4 : le filtrage. Une fois la macération terminée, filtrez l’huile à travers plusieurs couches de gaze ou un filtre à café non blanchi disposé dans l’entonnoir. Pressez bien les fleurs pour en extraire le maximum d’huile chargée en actifs. Éliminez le marc de fleurs en le compostant.

Étape 5 : le conditionnement. Versez le macérât filtré dans le flacon en verre teinté à l’aide de l’entonnoir. Étiquetez le flacon avec la date de fabrication, la plante utilisée et l’huile de base. Laissez reposer 24 heures avant la première utilisation, le temps que les dernières particules fines se déposent au fond.


Conservation : où, comment et combien de temps

Un macérât huileux bien préparé, à partir de fleurs correctement séchées et dans un flacon hermétique en verre teinté, se conserve 12 mois à compter de la date de fabrication. La conservation dans le verre teinté est importante : la lumière, et notamment les rayons UV, accélère l’oxydation des acides gras de l’huile et dégrade les molécules actives. On range donc le flacon dans un endroit frais, sombre et sec, comme un placard, une armoire à pharmacie ou un tiroir à l’abri de la chaleur.

La température idéale de conservation se situe entre 15 et 20°C. Il est déconseillé de conserver le macérât au réfrigérateur : le froid provoque la cristallisation de certaines huiles (notamment l’huile d’olive) et les cycles gel-dégel répétés fragilisent la structure des actifs. En revanche, un cellier, un sous-sol frais ou un placard nord de la maison conviennent parfaitement.

Pour prolonger la durée de conservation, on peut ajouter au moment du conditionnement 1 à 2 % de vitamine E naturelle (tocophérol, disponible en pharmacie ou en boutique bio), soit environ 2 ml pour 100 ml de macérât. Cette vitamine est un antioxydant naturel qui ralentit le rancissement de l’huile et préserve les actifs. On peut aussi ajouter quelques gouttes d’huile essentielle de romarin à verbénone (5 gouttes pour 100 ml), qui joue le même rôle antioxydant tout en ajoutant une légère note aromatique tonique.

Un macérât qui rancit développe une odeur âcre et légèrement rance, et peut prendre une teinte plus foncée. Dans ce cas, il faut le jeter sans hésiter : un macérât oxydé peut provoquer des irritations cutanées.


Comment utiliser le macérât de pâquerettes

Le macérât huileux de pâquerettes s’utilise pur, directement sur la peau, ou comme base pour enrichir d’autres préparations cosmétiques maison.

En soin raffermissant du corps, on applique 4 à 6 gouttes sur les zones à traiter (ventre, bras, cuisses, fesses, décolleté, cou) et on masse en mouvements circulaires énergiques pendant 5 à 10 minutes, de préférence après la douche sur peau légèrement humide pour faciliter la pénétration. Une application quotidienne le soir est idéale. Des résultats visibles sont généralement constatés après 4 à 6 semaines d’utilisation régulière.

Pour les vergetures récentes (roses ou rouges), on applique le macérât deux fois par jour en massage doux circulaire directement sur les zones concernées. Pour les vergetures anciennes (blanches), l’effet sera plus limité mais le massage contribue à améliorer l’aspect et le galbe de la peau environnante.

En soin du visage anti-âge, on peut l’utiliser comme huile de nuit : 2 à 3 gouttes suffisent pour le visage et le cou, appliquées en tapotements doux sur peau propre. Sa légèreté relative (surtout si on a choisi une huile de base légère comme le noyau d’abricot) lui permet d’être absorbé sans laisser de film gras. Il convient aux peaux normales, sèches et matures. Les peaux très grasses préféreront l’utiliser en massage ponctuel plutôt qu’en soin quotidien.

Pour les jambes lourdes, on l’applique en remontant depuis la cheville vers le genou puis vers la cuisse, toujours dans le sens du retour veineux. Un massage de 5 minutes le soir suffit à soulager la sensation de lourdeur et à favoriser le drainage lymphatique.

On peut également l’intégrer à une crème maison en le substituant à une partie de l’huile végétale de base d’une émulsion, ou l’incorporer dans un beurre corporel à raison de 20 à 30 % du poids total de la préparation.


Précautions et contre-indications

Le macérât huileux de pâquerettes est généralement bien toléré par tous les types de peaux. Toutefois, comme pour tout produit naturel, un test de tolérance cutané sur le pli du coude est recommandé avant la première utilisation, en particulier pour les personnes allergiques aux Astéracées (famille qui comprend aussi l’arnica, la camomille, le calendula et les chrysanthèmes). En cas de réaction, on stoppe immédiatement l’utilisation. Les personnes souffrant d’allergie avérée aux Astéracées doivent éviter ce macérât. Il n’est pas recommandé sur une peau blessée ouverte ou en cas d’infection cutanée active. Comme tout soin cosmétique, il est réservé à l’usage externe.


Sources & références

Botanique et phytochimie :
Bruneton, J. Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 4e édition, Tec & Doc Lavoisier, 2009. Référence francophone de base en phytothérapie scientifique.
Wichtl, M. Herbal Drugs and Phytopharmaceuticals, 3e édition, Medpharm Scientific Publishers, 2004. Référence internationale sur la composition biochimique des plantes médicinales.
Morel, J.-M. Traité pratique de phytothérapie, Grancher, 2008.

Sur les saponines triterpéniques de Bellis perennis :
Reznicek, G. et al., « Saponins from Bellis perennis », Phytochemistry, 1993. Étude de référence sur l’identification et la structure des saponines de la pâquerette.
Willuhn, G., « Bellis perennis : Wirksamkeitsbestimmende Inhaltsstoffe », Deutsche Apotheker Zeitung, 1992.

Sur la fabrication des macérats huileux :
Festy, D. Ma bible de la cosmétique naturelle, Leduc.s Éditions, 2011.
Pierre, M. & Gayet, C. Ma bible des secrets d’herboriste, Solar, 2019. Référence pratique recommandée pour l’usage sûr des plantes médicinales au quotidien.

Homéopathie :
Bellis perennis dans la pharmacopée homéopathique française et européenne : ansm.sante.fr

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