C’est souvent la première grande question qu’on se pose quand on décide de réduire ses déchets : mais où est-ce qu’on fait ses courses, maintenant ? Parce que l’hypermarché avec ses kilomètres de rayons emballés sous plastique, ce n’est clairement plus l’idéal. Mais alors, quoi ? Le vrac, le marché, la ferme du coin, internet ? En réalité, il n’existe pas une solution unique et parfaite qui conviendrait à tout le monde. Ce qu’il faut construire, c’est sa propre organisation, adaptée à son mode de vie, sa localisation et ses contraintes du quotidien.
Pour évaluer chaque option, je m’appuie toujours sur cinq critères : la situation géographique du commerce par rapport à chez moi ou à mon trajet habituel, la qualité et la fraîcheur des produits, leur coût réel, la variété de l’offre, et les horaires d’ouverture. Avec ces cinq filtres en tête, voici les huit solutions que j’ai explorées et ce qu’elles valent vraiment.
1. Le marché : l’âme du circuit court
Le marché, c’est sans doute l’endroit le plus agréable pour faire ses courses. Il y a quelque chose d’intrinsèquement humain dans ce rituel hebdomadaire : on se promène en plein air, on échange quelques mots avec les maraîchers, on découvre les légumes de saison, on négocie un peu, on repart avec un sac bien rempli et l’impression d’avoir fait quelque chose de bon. Et côté zéro déchet, on peut généralement venir avec ses propres contenants sans que personne ne sourcille.
Le bémol principal, c’est la disponibilité. Quand le marché a lieu un mardi matin ou un jeudi en milieu de journée, les personnes qui travaillent ne peuvent tout simplement pas y aller. En hiver, certains marchés voient leurs exposants se raréfier. Et attention : tous les vendeurs sur un marché ne sont pas producteurs locaux. Certains sont revendeurs, et leurs produits peuvent venir de bien plus loin qu’on ne le croit. Mieux vaut s’informer directement auprès des stands. Pour trouver les marchés proches de chez vous, votre mairie reste la meilleure ressource, ou l’application lapplimarche.fr.
2. L’AMAP : s’engager pour consommer autrement
Une AMAP, ou Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, repose sur un principe simple et beau : un groupe de consommateurs s’engage directement avec un producteur local, en payant à l’avance une série de paniers hebdomadaires. Ce modèle garantit au producteur un revenu stable et prévisible, ce qui lui permet de travailler sereinement sans dépendre des aléas du marché. En retour, les adhérents reçoivent chaque semaine un panier composé de ce qui a été récolté, au fil des saisons.
Ce système a des vertus profondes. On consomme local et de saison sans effort. On crée un lien réel avec celui qui produit notre nourriture. Il n’y a aucune standardisation des aliments, ce qui signifie que les légumes tordus, les tomates imparfaites et les carottes à deux branches ont autant leur place que les plus beaux spécimens. Le gaspillage à la source est quasi nul. Et le prix, fixé de façon transparente, reste accessible tout en rémunérant dignement le producteur.
Les contraintes existent néanmoins : l’engagement à l’année peut être problématique pour les personnes souvent en déplacement, on ne choisit pas le contenu du panier (même si des échanges entre adhérents sont souvent possibles), et le retrait se fait sur un créneau horaire fixe. Par ailleurs, tous les paniers AMAP ne sont pas zéro déchet, certains produits pouvant encore arriver emballés. Pour trouver l’AMAP la plus proche de chez vous, le réseau national est répertorié sur reseau-amap.org.
3. La Ruche qui dit Oui : la flexibilité du local
La Ruche qui dit Oui fonctionne comme une place de marché en ligne regroupant plusieurs producteurs locaux autour d’un point de retrait commun. Chaque semaine, on compose son panier librement sur le site, on paie en ligne, et on récupère ses achats lors d’une distribution organisée par un responsable de ruche bénévole. Ce modèle séduit par sa flexibilité : pas d’engagement à long terme, un choix large de produits allant des légumes au fromage en passant par le pain artisanal ou les produits d’épicerie, et la possibilité de gérer son budget au fil des semaines.
La nuance importante à avoir en tête, c’est que la plateforme prélève un pourcentage sur chaque vente pour financer son fonctionnement, ce qui signifie que le producteur ne touche pas l’intégralité de ce que vous dépensez. Ce n’est pas rédhibitoire, mais c’est à connaître. Comme pour les AMAP, les emballages ne sont pas toujours absents. Pour trouver la ruche la plus proche : laruchequiditoui.fr.
4. Les magasins en vrac : la liberté de doser
Les épiceries en vrac ont quelque chose d’un peu magique quand on les découvre pour la première fois. On entre avec ses bocaux, ses sacs en tissu, ses contenants de toutes tailles, et on se sert exactement de la quantité dont on a besoin. Ni plus, ni moins. Adieu les paquets trop grands qu’on finit jamais, adieu les emballages qui s’accumulent dans la poubelle jaune. Les bons magasins en vrac proposent une sélection allant des céréales et légumineuses aux épices, en passant par les produits d’hygiène, les produits ménagers, et parfois même des préparations traiteur sans emballage.
Leur principale limite reste la couverture géographique : si les grandes villes en sont relativement bien pourvues depuis quelques années, les zones rurales et les petites communes en sont souvent dépourvues. Pour trouver le magasin en vrac le plus proche, le site cestquoidonc.fr/vrac propose une cartographie assez complète.
5. Les commerçants de proximité : le boucher, le primeur, le boulanger
Quand on a la chance d’avoir un boucher, un primeur et un boulanger dans son village ou son quartier, c’est une ressource précieuse à chérir. Ces artisans acceptent en général très volontiers qu’on apporte ses propres contenants : une boîte hermétique pour la viande ou la charcuterie à la coupe, un sac en tissu pour le pain, un contenant pour les fruits et légumes. La relation directe avec le commerçant facilite aussi les petites négociations et les demandes spécifiques.
La limite principale, c’est que ces commerces ne garantissent pas nécessairement la provenance locale ou saisonnière de leurs produits. Un boucher de quartier peut très bien s’approvisionner auprès de grossistes dont les animaux viennent de l’autre bout du pays. Cela vaut la peine de poser la question directement, sans hésitation. Dans la plupart des cas, faire ses courses chez ces artisans pour les produits frais quotidiens, et compléter une fois par mois avec un passage en magasin vrac ou en ligne pour les céréales, condiments et produits secs, reste une organisation très efficace.
6. L’achat en direct à la ferme : le lien le plus court possible
Habiter dans une région rurale comme les Landes ou le Sud-Ouest, c’est avoir la chance d’être entouré de fermes, de cultures maraîchères, d’élevages et de petits producteurs artisanaux qui vendent en direct. Aller acheter ses œufs, son miel, ses légumes ou sa volaille directement à la ferme, c’est le circuit le plus court qui soit : aucun intermédiaire, aucune marge, un lien humain réel avec celui qui produit, et souvent la possibilité de venir avec ses propres contenants. C’est aussi une sortie en soi, particulièrement appréciée des enfants qui découvrent d’où vient leur nourriture.
La contrainte principale, c’est la logistique : pour couvrir tous ses besoins, il faudrait aller d’une ferme à l’autre, ce qui représente du temps et des kilomètres. La solution réaliste est de choisir deux ou trois producteurs de confiance pour les produits qu’on consomme le plus régulièrement, et de compléter par d’autres circuits pour le reste. Des plateformes comme La Ferme Digitale ou des annuaires locaux peuvent aider à repérer les producteurs qui vendent en direct dans sa région.
7. Le supermarché bio ou conventionnel : le dernier recours organisé
Soyons honnêtes : pour beaucoup de gens, surtout en dehors des grandes villes, le supermarché reste incontournable pour compléter les courses. L’idée n’est pas de le diaboliser, mais d’y aller avec une stratégie claire pour minimiser les déchets produits.
Dans un supermarché, quelques réflexes font une vraie différence. On peut demander à être servi à la coupe au rayon charcuterie ou fromage en apportant sa propre boîte, et la plupart du temps le personnel accepte. On peut utiliser ses sacs à vrac réutilisables pour les fruits, les légumes et les céréales en vrac, de plus en plus présents dans les grandes surfaces. On peut repérer les produits conditionnés dans du verre, du métal ou du carton, qui sont bien plus facilement recyclables que le plastique. Et on peut utiliser l’application Yuka pour scanner les produits et vérifier leur composition avant de les mettre dans le panier, ce qui aide à choisir des références plus saines et souvent mieux emballées. L’appli est disponible gratuitement sur iOS et Android.
8. Internet : une option plus verte qu’on ne le croit
L’achat en ligne fait souvent sourciller dans la communauté zéro déchet. Livraison, cartons, emballages de calage… l’image n’est pas forcément flatteuse. Et pourtant, plusieurs études ont montré que, bien organisée, la livraison à domicile ou en point relais peut avoir un bilan carbone inférieur à des déplacements en voiture individuelle vers plusieurs commerces. Tout dépend de la distance, du mode de transport et du taux de remplissage des camions de livraison.
Pour les personnes qui vivent loin de tout magasin spécialisé, internet ouvre un accès à des produits zéro déchet et à des boutiques engagées qui seraient autrement inaccessibles. Les avantages sont réels : on peut comparer les produits en détail, lire les compositions, prendre son temps pour choisir, et se faire livrer en point relais pour regrouper les colis. Des boutiques comme Le Magasin Zéro Déchet sélectionnent rigoureusement leurs fournisseurs, expédient dans des emballages recyclés et recyclables, et proposent des gammes cohérentes avec une démarche écologique globale.
La vraie règle d’or : si un commerçant local vend ce que vous cherchez, privilégiez-le. Internet est un complément, pas un substitut au tissu commercial de proximité.
Construire son organisation personnelle
Au fond, la question n’est pas de trouver le circuit parfait, mais de construire une organisation qui tienne dans la durée. Pour ma part, j’ai fini par adopter une combinaison qui fonctionne bien : le marché le samedi matin pour les légumes et les œufs, le boucher local en semaine pour la viande, un passage mensuel au magasin en vrac pour les céréales et les produits secs, et quelques commandes ponctuelles en ligne pour les produits zéro déchet qu’on ne trouve pas facilement ailleurs.
Une dernière chose importante à dire, surtout pour ceux qui font la transition vers le zéro déchet en même temps que vers le bio : le budget alimentaire peut augmenter. Ce fut notre cas. Nous pensions faire des économies, et nous en avons effectivement réalisé sur les produits d’entretien et les cosmétiques. Mais notre alimentation nous coûte désormais plus cher qu’avant, parce que nous achetons local, bio et en circuit court, au lieu du tout-supermarché d’autrefois. Le bilan reste positif à nos yeux, parce que nous avons énormément gagné en qualité, en conscience de ce que nous mangeons et en satisfaction de consommer de façon cohérente avec nos valeurs. Mais il vaut mieux être prévenu.
Sources & références
Sur les AMAP :
Réseau national des AMAP : reseau-amap.org
Alliance Paysans Écologistes Consommateurs (APEC) : alliancepec.fr
Sur La Ruche qui dit Oui :
laruchequiditoui.fr
Sur les magasins en vrac :
Carte des épiceries en vrac en France : cestquoidonc.fr/vrac
Day by Day, réseau de magasins vrac : daybyday-shop.com
Sur le bilan carbone de la livraison à domicile :
ADEME, Bilan environnemental de la livraison de colis aux particuliers, 2020 : ademe.fr
Applications mentionnées :
Lapplimarche.fr pour localiser les marchés : lapplimarche.fr
Yuka pour scanner la composition des produits : yuka.io
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