Se lancer dans le zéro déchet, c’est un peu comme apprendre à conduire : au début on pense à tout en même temps, on hésite, on fait des erreurs, et puis progressivement les bons réflexes s’installent et tout devient naturel. La transition ne se fait pas du jour au lendemain, et c’est très bien ainsi. Ce qui compte, c’est de démarrer avec les bonnes bases. Voici les sept conseils qui m’ont permis de transformer en profondeur notre quotidien familial, en moins de six mois.
1. Commencer par lire : le livre qui change tout
Avant de vider ses placards ou d’acheter le moindre bocal en vrac, je recommande de prendre le temps de comprendre pourquoi et comment. Le livre Famille (presque) zéro déchet est une excellente porte d’entrée : écrit avec humour et bienveillance, il aborde les enjeux du zéro déchet de façon concrète, sans culpabiliser le lecteur. C’est un vrai carnet de route, avec des étapes progressives, des anecdotes du quotidien et des astuces directement applicables. Lire avant d’agir, c’est gagner un temps précieux et éviter les erreurs classiques du débutant enthousiaste qui se décourage à la première difficulté.
2. S’approprier les 5R de Béa Johnson
La méthode de Béa Johnson, pionnière américaine du mouvement zéro déchet et auteure du livre éponyme, repose sur cinq principes ordonnés — les fameux 5R — qui constituent la colonne vertébrale de toute démarche cohérente. Refuser d’abord ce dont on n’a pas besoin, parce que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Réduire ensuite ses achats au strict nécessaire, en privilégiant les produits sans emballage quand c’est possible. Réutiliser ce qu’on possède déjà, en réparant, en transformant, en donnant plutôt qu’en jetant. Recycler en dernier recours, et composter les matières organiques pour leur redonner vie, notamment au potager. Ces cinq étapes forment une hiérarchie : on commence toujours par le haut, et le recyclage n’est que l’ultime option quand tout le reste a été envisagé.
3. Se poser trois questions avant chaque achat
C’est sans doute le conseil le plus simple à appliquer immédiatement, et l’un des plus puissants sur le long terme. Avant d’acheter quoi que ce soit, trois questions suffisent à filtrer l’essentiel du superflu. Est-ce réutilisable ? Il s’agit ici de faire la guerre systématique à l’usage unique, cette aberration moderne qui consiste à fabriquer un objet pour qu’il finisse à la poubelle après une seule utilisation. Quelle est la durée de vie de ce produit ? Un objet bon marché qui s’use en trois mois coûte finalement plus cher, et produit davantage de déchets, qu’un objet de qualité qui dure dix ans. Et enfin, peut-il être partagé ? La location, le prêt entre voisins, les bibliothèques d’objets, les plateformes d’échange : il existe aujourd’hui de nombreuses façons de jouir d’un objet sans en être propriétaire, ce qui réduit à la fois la consommation et l’encombrement.
4. Adopter les courses en vrac, mais s’organiser d’abord
Les courses en vrac, c’est formidable en théorie. En pratique, sans organisation, ça peut vite tourner au chaos. J’en sais quelque chose : mes premières tentatives avec une collection de bocaux en verre étaient lourdes, encombrantes et franchement peu pratiques. J’ai vite revu ma copie.
La solution qui fonctionne pour nous, c’est un kit de courses léger et toujours prêt, installé en permanence dans chaque voiture. Le nôtre contient un sac à pain en coton bio, plusieurs sacs à vrac en tissu de différentes tailles (pour les fruits et légumes, les céréales, les légumineuses, les fruits secs et le café), une petite cagette en bois pour les légumes plus volumineux, quelques wraps en cire d’abeille pour la viande et le fromage, et un bocal en verre de taille moyenne pour la crème fraîche. Tout tient dans un grand sac réutilisable. Ce kit ne quitte jamais la voiture, ce qui garantit qu’on est toujours prêt, même pour une commission de dernière minute.
5. Transformer sa salle de bain, pièce par pièce
La salle de bain est souvent la pièce la plus chargée en emballages plastique à usage unique : flacons de shampoing, tubes de dentifrice, rasoirs jetables, cotons démaquillants, boîtes de mouchoirs… La bonne nouvelle, c’est que c’est aussi l’endroit où la transition est la plus visible et la plus gratifiante. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, passer à une salle de bain zéro déchet ne signifie pas se priver : on simplifie, on choisit mieux, et souvent on dépense moins.
Par où commencer ? J’ai opté pour une approche progressive : ne remplacer un produit que quand il est terminé, et le remplacer par une alternative solide ou naturelle. Les shampoings et après-shampoings solides remplacent avantageusement les flacons plastique. Le savon solide remplace le gel douche. Les huiles végétales et le beurre de karité font office de soin hydratant universel, pour le corps comme pour le visage. Le dentifrice solide ou en poudre élimine les tubes non recyclables. La brosse à dents en bambou biodégradable remplace celle en plastique. Le rasoir de sûreté en métal prend la place des rasoirs jetables (et rase infiniment mieux, soit dit en passant). Les cotons réutilisables en tissu remplacent les cotons jetables. Et pour les femmes, la cup menstruelle associée à des serviettes hygiéniques lavables représente une économie annuelle considérable, en plus d’éliminer des kilos de déchets.
On n’est pas obligé de tout changer d’un coup. Mais chaque produit remplacé est une victoire concrète et immédiate.
6. Redécouvrir le plaisir de l’occasion
Le zéro déchet n’est pas une invitation à s’interdire de consommer ou de se faire plaisir. C’est plutôt une invitation à consommer autrement. Et l’achat d’occasion est l’une des pratiques les plus cohérentes avec cette philosophie : on donne une seconde vie à un objet qui aurait pu finir à la déchetterie, on évite la production d’un objet neuf et de ses emballages, et on fait souvent de vraies bonnes affaires.
Les vide-greniers de quartier, les ressourceries associatives, les applications d’échange entre particuliers comme Vinted ou Le Bon Coin, les dépôts-ventes spécialisés : les possibilités ne manquent pas. Parfois on cherche quelque chose de précis et on le trouve. Parfois on craque sur un objet ou un vêtement qu’on n’attendait pas et auquel on va donner une belle nouvelle vie. L’essentiel, c’est de rentrer sans emballage superflu, et avec le sourire de celui qui a bien chiné.
7. Planifier les menus et adopter le batch cooking
Avec le zéro déchet, on cuisine davantage, c’est indéniable. On achète davantage de produits bruts, on évite les plats préparés ultra-emballés, et on fabrique parfois des choses qu’on achetait auparavant tout faits. La question n’est pas d’y passer ses soirées, mais d’organiser ce temps de cuisine pour qu’il reste agréable et convivial.
Notre organisation repose sur deux piliers. Le samedi, on détermine ensemble les menus de la semaine et on établit la liste de courses en fonction — ni plus, ni moins. Chacun peut proposer ce qu’il a envie de manger, et cette petite consultation familiale évite bien des frustrations. Le dimanche, on consacre deux à trois heures à ce qu’on appelle le batch cooking : on cuisine en grande quantité pour toute la semaine. Les plats des trois premiers jours sont conservés au réfrigérateur, les suivants sont congelés. Le dimanche, on improvise avec ce qui reste, et les midis de la semaine servent souvent à finir les restes.
Les avantages de cette organisation sont nombreux. Les courses deviennent plus économiques parce qu’on achète uniquement ce dont on a besoin. Le gaspillage alimentaire disparaît presque totalement. On ne salit la cuisine qu’une fois par semaine. Et surtout, on ne se pose plus la question fatidique du soir en rentrant du travail : qu’est-ce qu’on mange ? Le repas est prêt, il n’y a plus qu’à réchauffer et profiter.
Et concrètement, ça donne quoi ?
La mise en place de ces sept habitudes nous a pris environ trois mois pour être vraiment bien rodée. Trois mois pendant lesquels il y a eu des ratés, des oublis, des jours sans. Et puis, progressivement, les réflexes se sont installés. Au bout de six mois, nous avions réduit nos ordures ménagères de 80 %. Oui, 80 %. Ce chiffre nous a nous-mêmes surpris.
Évidemment, on peut aller plus loin : fabriquer ses produits ménagers maison, faire son potager, composter, coudre ses propres produits zéro déchet… Mais pour démarrer simplement et durablement, ces sept conseils sont une base solide et accessible. L’important, c’est de commencer. Même imparfaitement.
Sources & références
Ouvrages de référence :
Johnson, Béa. Zéro Déchet, Les Arènes, 2013. Traduction française du livre fondateur du mouvement, avec la méthode des 5R.
La Famille (presque) Zéro Déchet, Éditions Eyrolles, 2015. Guide pratique et progressif pour une transition en famille.
Sur le batch cooking et la planification des repas :
ADEME. Le gaspillage alimentaire en France, rapport 2021. Données sur les quantités de nourriture gaspillées par foyer et leviers d’action : www.ademe.fr
Sur l’achat d’occasion et l’économie circulaire :
Institut de l’Économie Circulaire : www.institut-economie-circulaire.fr
Réseau des Ressourceries de France : www.ressourcerie.fr

